Il y a des décisions faciles à prendre.
Celles où une option nous enthousiasme et l’autre pas vraiment. Celles où quelque chose ne correspond clairement plus à ce qu’on veut. Celles où les avantages et les inconvénients semblent pointer dans la même direction.
Et puis il y a les autres.
Celles où plusieurs options sont bonnes.
Un nouveau mandat intéressant. Une collaboration qui nous stimule. Un projet qu’on aimerait développer. Une invitation à s’impliquer. Une idée qui arrive exactement au bon moment.
Notre premier réflexe peut être de chercher comment tout faire entrer.
Je devrais être capable de trouver une façon.
Mais parfois, la vraie décision n’est pas seulement de savoir si une opportunité est intéressante.
C’est de décider à quoi on veut donner de la place.
Un oui prend de l’espace
Quand une opportunité se présente, on regarde naturellement ce qu’elle pourrait apporter.
Une nouvelle expérience. Des revenus. Des rencontres. De la visibilité. Du plaisir. Un apprentissage. Une porte vers autre chose.
Ce qu’on voit moins facilement, c’est l’espace qu’elle prendra.
Parce qu’un oui vient rarement seul.
Il vient avec du temps à réserver, de l’énergie à investir, des décisions à prendre et parfois une série de petits engagements qu’on n’avait pas nécessairement imaginés au départ.
Dire oui à quelque chose, c’est donc aussi décider que cette chose mérite une partie de notre capacité disponible.
Et cette capacité n’est pas infinie.
Le coût d’une opportunité n’est pas toujours financier
En gestion, on parle parfois de coût d’opportunité : ce à quoi on renonce lorsqu’on choisit une option plutôt qu’une autre.
Je trouve cette idée particulièrement intéressante lorsqu’on l’applique à notre temps et à notre attention.
Si je consacre les trois prochains mois à ce projet, qu’est-ce que je pourrai moins développer?
Si mon équipe ajoute cette nouvelle priorité, laquelle aura moins d’espace?
Si j’accepte cet engagement, à quoi ces heures ne pourront-elles pas être consacrées?
Ce n’est pas nécessairement une raison de dire non.
C’est simplement une façon de regarder la décision au complet.
Le plus difficile : dire non à quelque chose de bon
Refuser ce qui ne nous convient pas devient généralement plus facile avec le temps.
Refuser quelque chose qui nous intéresse réellement est une autre histoire.
Parce qu’on ne veut pas passer à côté.
Parce qu’on ne sait pas si l’opportunité reviendra.
Parce qu’on voit très bien ce qu’elle pourrait devenir.
Et parfois simplement parce qu’on a envie de la saisir.
Mais choisir demande rarement de départager une excellente option d’une mauvaise.
Les choix les plus importants se trouvent souvent entre plusieurs choses que nous aimerions réellement faire.
C’est là qu’avoir une direction devient précieux.
Est-ce que cette opportunité soutient ce que je veux construire?
Une opportunité peut être excellente en soi et ne pas être particulièrement importante pour nous maintenant.
À l’inverse, une occasion plus modeste peut être exactement ce dont nous avons besoin pour avancer vers quelque chose qui compte.
Alors plutôt que de regarder uniquement :
« Est-ce que c’est une bonne opportunité? »
On peut ajouter :
« Est-ce que c’est une bonne opportunité pour moi — ou pour nous — maintenant? »
Est-ce cohérent avec ce qu’on cherche à construire?
Est-ce que j’ai réellement envie de lui faire une place?
Est-ce que j’ai la capacité de bien la saisir?
Qu’est-ce que je serai probablement heureuse d’avoir choisi dans six mois?
Et surtout :
Si je dis oui, à quoi suis-je prête à dire non?
Cette dernière question change souvent beaucoup la réflexion.
Un non peut aussi protéger quelque chose
On associe facilement le non à ce qu’on refuse.
Mais un non peut aussi être une façon de protéger un oui déjà donné.
Dire non à un nouveau projet peut protéger l’espace nécessaire pour bien réaliser ceux qui sont déjà en cours.
Dire non à une implication peut protéger du temps personnel.
Dire non à une nouvelle priorité peut protéger la capacité d’une équipe à terminer ce qu’elle a commencé.
Dire non à une opportunité intéressante peut même protéger l’espace nécessaire pour qu’une autre, plus alignée, puisse éventuellement entrer.
Vu comme ça, le non n’est plus simplement une porte qu’on ferme.
Il devient une façon de choisir consciemment ce qu’on veut garder ouvert.
Choisir ce qu’on veut réellement faire grandir
Je ne pense pas qu’il faille analyser chaque opportunité pendant des heures.
Il y aura toujours une part d’intuition, d’enthousiasme et parfois même un petit « on verra bien où ça mène ».
Et tant mieux.
Mais lorsque les opportunités commencent à se multiplier, la question change.
On ne cherche plus seulement à savoir ce qu’on pourrait faire.
On commence à choisir ce qu’on veut réellement faire grandir.
Parce qu’au fond, dire oui est aussi une façon de prioriser.
Et parfois, les meilleurs non ne viennent pas d’un manque d’intérêt.
Ils viennent de la valeur qu’on accorde aux oui qu’on a déjà choisis.
Emmanuelle Desrochers-Perrault
Fondatrice de METOD

