Il y a quelque chose d’un peu paradoxal dans le fait d’entreprendre quelque chose de nouveau.
On décide de démarrer un projet, d’accepter une nouvelle responsabilité, de lancer une entreprise ou simplement de faire quelque chose qu’on n’a encore jamais fait.
Et presque aussitôt arrive cette petite question :
Est-ce que je suis vraiment prête pour ça?
On aimerait parfois atteindre un moment où tout s’aligne. Où l’on se sent parfaitement compétente, parfaitement confiante et parfaitement légitime.
Mais plus j’avance, plus je me demande si ce moment existe vraiment.
Se sentir prête et être prête, ce n’est pas toujours la même chose
Il m’est arrivé plusieurs fois de regarder quelque chose que je voulais faire et de penser que j’avais encore besoin d’un peu plus.
Plus d’expérience. Plus de connaissances. Plus de préparation. Une meilleure idée de ce que je faisais.
Et pourtant, en regardant derrière moi, je réalise que certaines des étapes qui m’ont le plus fait grandir sont justement celles pour lesquelles je ne me sentais pas complètement prête au départ.
Ça ne veut pas dire se lancer les yeux fermés ou accepter n’importe quoi.
Ça veut simplement dire reconnaître que le sentiment de confiance n’arrive pas toujours avant l’action.
Parfois, il se construit en avançant.
On voit rarement les hésitations des autres
C’est particulièrement facile de douter lorsqu’on regarde autour de soi.
On voit quelqu’un lancer son entreprise, prendre la parole avec assurance, décrocher un gros mandat ou mener un projet ambitieux.
On voit le résultat.
Beaucoup moins les questions qui ont précédé.
Les recherches faites tard le soir. Les appels à quelqu’un de confiance pour valider une idée. Les premières fois un peu inconfortables. Les moments où cette personne s’est elle aussi demandé :
« Est-ce que je suis vraiment la bonne personne pour faire ça? »
Comparer nos hésitations à l’assurance que les autres projettent est rarement une comparaison très équitable.
Et le sentiment d’imposteur là-dedans?
On utilise beaucoup cette expression, particulièrement en entrepreneuriat.
Ce sentiment de ne pas être aussi compétente que les autres le pensent. La peur qu’on finisse par réaliser qu’on ne sait pas autant qu’on devrait savoir. L’impression qu’il faudrait encore accomplir quelque chose avant de pouvoir pleinement prendre sa place.
Je ne pense pas qu’on ait besoin de faire disparaître tous ces doutes pour avancer.
On peut plutôt apprendre à les remettre à leur juste place.
Est-ce que je ne suis réellement pas prête?
Ou est-ce simplement nouveau?
Est-ce qu’il me manque une compétence essentielle?
Ou est-ce que j’aimerais avoir la certitude de réussir avant même d’avoir commencé?
Ce ne sont pas les mêmes questions.
Être capable ne veut pas dire tout savoir
Celle-là, j’essaie de me la rappeler souvent.
Être compétente ne signifie pas avoir toutes les réponses.
On peut être très bonne dans ce qu’on fait et devoir chercher. Demander conseil. Apprendre quelque chose. S’entourer de personnes qui savent ce que nous ne savons pas.
En fait, je pense qu’une partie importante de l’expérience consiste justement à devenir meilleure pour reconnaître ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas encore et comment aller chercher ce qui nous manque.
Il y aura toujours une prochaine première fois.
Un projet plus ambitieux. Une conversation qu’on n’a jamais eue. Une décision plus importante. Une occasion qui nous amène un peu plus loin que ce qu’on connaît déjà.
Et heureusement.
Avancer avec le doute dans nos bagages
Je ne crois pas que la confiance consiste à ne plus douter.
Je pense qu’elle ressemble davantage à la capacité de se dire :
« Je ne sais pas exactement comment tout va se passer, mais je me fais suffisamment confiance pour trouver la suite. »
Il y a une nuance importante entre attendre de se sentir prête et prendre le temps de se préparer.
On peut poser des questions. Faire ses recherches. Chercher du soutien. Se donner des outils. Réfléchir aux risques.
Puis, à un certain moment, il faut accepter qu’on ne pourra pas vivre l’expérience avant de la vivre.
Alors peut-être que la prochaine fois qu’une possibilité vous enthousiasme autant qu’elle vous intimide, la question ne sera pas seulement :
« Est-ce que je suis prête? »
Mais aussi :
« Est-ce que je suis suffisamment prête pour faire le prochain pas? »
Parce qu’on n’a peut-être pas besoin d’avoir toute la confiance nécessaire pour parcourir le chemin au complet.
Juste assez pour commencer.
Emmanuelle Desrochers-Perrault
Fondatrice de METOD

