J’aime les idées.
Celles qui arrivent au milieu d’une conversation. Celles qu’on note rapidement quelque part pour ne pas les oublier. Celles qui commencent par « Ce serait vraiment intéressant si… » et qui, quelques minutes plus tard, ont déjà pris beaucoup plus de place dans notre tête qu’on l’avait prévu.
Certaines idées nous donnent immédiatement envie de passer à l’action.
Et parfois, elles sont réellement excellentes.
Mais une bonne idée n’est pas nécessairement un bon projet.
Du moins, pas maintenant.
Une idée peut être bonne… et ne pas être prioritaire
C’est probablement ce qui rend certains choix difficiles.
Si une idée était mauvaise, la décision serait simple.
Mais que fait-on lorsqu’elle est pertinente, stimulante, cohérente avec ce qu’on veut construire… et qu’on a déjà plusieurs choses importantes en cours?
On peut avoir tendance à se demander :
« Est-ce que cette idée vaut la peine? »
Alors qu’une question plus utile serait parfois :
« Est-ce que cette idée mérite une place parmi nos priorités maintenant? »
La nuance est importante.
On ne juge plus seulement la qualité de l’idée. On regarde aussi le contexte dans lequel elle devrait prendre forme.
Parce qu’un projet prend de la place
Entre avoir une idée et la réaliser, il y a tout ce qu’on voit un peu moins au moment où l’enthousiasme arrive.
Il faut réfléchir. Décider. Planifier. Coordonner. Faire des suivis. Investir du temps, parfois de l’argent. Mobiliser d’autres personnes.
Même un petit projet vient occuper une partie de notre attention.
Alors avant de dire oui, ça vaut la peine de regarder non seulement ce que le projet pourrait apporter, mais aussi ce qu’il demandera pour exister.
Avons-nous réellement l’espace pour le porter?
Est-ce le bon moment?
Est-ce qu’il soutient ce qu’on cherche à accomplir actuellement?
Qu’est-ce qui devra recevoir un peu moins d’attention si on décide d’avancer avec celui-ci?
Toutes les possibilités n’ont pas besoin d’être saisies
Je trouve celle-là particulièrement importante.
Une possibilité peut être intéressante sans devenir une obligation.
Parce qu’une porte s’ouvre, on n’est pas obligé de la franchir.
Parce qu’on pourrait développer quelque chose, on n’a pas nécessairement besoin de le faire.
Et parce qu’une idée correspond à nos ambitions, ça ne signifie pas qu’elle doit prendre forme immédiatement.
Choisir une direction, c’est aussi accepter que certaines possibilités restent des possibilités.
Au moins pour un moment.
Certaines idées ont simplement besoin d’attendre
Mettre une idée de côté ne veut pas dire l’abandonner.
On peut la noter. La laisser mûrir. Y revenir dans quelques mois.
Et quelque chose d’intéressant se produit parfois lorsqu’on laisse une idée respirer.
Elle devient plus claire.
Elle rencontre une autre idée.
Le contexte change.
Une ressource devient disponible.
Ou on réalise qu’elle nous enthousiasme toujours autant six mois plus tard — ce qui est déjà une information assez précieuse.
Toutes les idées n’ont pas besoin de passer immédiatement de « ce serait intéressant » à « comment est-ce qu’on fait pour y arriver? »
Parfois, elles peuvent simplement rester un moment dans le « ce serait intéressant ».
Alors, comment décider?
Je ne pense pas qu’il existe une formule parfaite.
Mais avant de transformer une idée en projet, j’aime bien la regarder à travers quelques questions :
Est-ce que cette idée nous rapproche de ce qu’on cherche à construire?
Pourquoi serait-elle importante maintenant?
Qu’est-ce qu’elle demandera réellement en temps, en énergie et en ressources?
Qu’est-ce qu’on choisira de ne pas faire — ou de faire plus tard — si on lui fait une place?
Et si on ne faisait rien avec cette idée pour l’instant, qu’est-ce qui se passerait?
Cette dernière question est parfois étonnamment éclairante.
Garder de l’espace pour les bonnes idées
Je ne voudrais surtout pas devenir tellement efficace à prioriser qu’on ne laisse plus de place à la spontanéité, à la créativité ou aux nouvelles possibilités.
Les idées ont besoin d’espace.
Mais nos projets aussi.
Et peut-être que bien choisir ne consiste pas à transformer toutes nos bonnes idées en projets.
C’est plutôt créer suffisamment d’espace pour donner réellement forme à celles qu’on choisit.
Emmanuelle Desrochers-Perrault
Fondatrice de METOD

