Si vous gérez une équipe, il y a de bonnes chances que vous ayez déjà prononcé cette phrase.
Et le pire, c’est que vous avez probablement raison.
Cette fois-ci.
Parce qu’expliquer une tâche prend du temps. Montrer comment faire aussi. Répondre aux questions, vérifier le résultat, ajuster ce qui doit l’être… parfois, lorsqu’on sait exactement comment faire quelque chose, le chemin le plus court semble évident :
Je vais m’en occuper.
En vingt minutes, c’est réglé.
Le problème apparaît lorsque ces vingt minutes reviennent chaque semaine.
Plus vite aujourd’hui, mais demain?
Lorsqu’on fait soi-même quelque chose qu’on pourrait transmettre, on gagne parfois du temps immédiatement.
Mais on ne crée pas la possibilité que quelqu’un d’autre puisse le faire la prochaine fois.
Puis la suivante.
Puis éventuellement sans nous.
C’est là que le calcul devient différent.
Prendre une heure aujourd’hui pour expliquer quelque chose qui nous prend vingt minutes peut sembler peu efficace. Mais si cette tâche revient toutes les semaines, l’investissement commence rapidement à prendre tout son sens.
Et il n’y a pas que le temps.
Chaque chose qu’une seule personne sait faire crée aussi une petite dépendance autour d’elle.
« Ils viennent toujours me voir »
C’est une phrase que j’entends parfois chez des gestionnaires.
L’équipe pose beaucoup de questions. Certaines décisions remontent systématiquement. Dès qu’un cas particulier apparaît, on cherche la personne qui sait.
Et cette personne finit par devenir le point de passage d’une quantité impressionnante de choses.
Ça peut être valorisant. Ça peut aussi devenir épuisant.
Mais surtout, ça vaut la peine de se demander :
Pourquoi ont-ils encore besoin de venir me voir?
Il manque peut-être une information.
Une responsabilité n’est peut-être pas suffisamment claire.
La façon de prendre certaines décisions n’a jamais vraiment été explicitée.
Ou personne n’a encore eu l’occasion d’apprendre à faire ce que vous faites naturellement depuis des années.
Déléguer une tâche ou transmettre une façon de faire?
Il y a aussi une différence entre dire :
« Peux-tu t’occuper de ça? »
et réellement donner à quelqu’un les moyens de s’en occuper.
Transmettre peut vouloir dire expliquer le résultat attendu, montrer une première fois, partager les informations nécessaires, clarifier jusqu’où la personne peut décider seule et rester disponible pendant qu’elle développe ses propres repères.
Au début, ça demande plus de temps que de simplement faire la tâche.
C’est normal.
On n’est pas seulement en train de déplacer du travail. On développe une capacité ailleurs dans l’organisation.
Et si ce n’est pas fait exactement comme vous?
Ah. Celle-là.
Quand on maîtrise quelque chose depuis longtemps, on a souvent développé une façon très précise de le faire.
Alors lorsqu’on délègue, il peut être tentant de regarder chaque étape et de penser :
Ce n’est pas comme ça que je l’aurais fait.
Peut-être.
Mais la vraie question est parfois plutôt :
Est-ce que le résultat est bon?
Il peut exister plusieurs chemins valables pour arriver au même endroit.
Et laisser quelqu’un développer sa propre façon de faire peut aussi mener à une méthode à laquelle on n’aurait pas pensé.
Commencer par ce qui revient
Pas besoin de déléguer la moitié de son travail demain matin.
On peut commencer par observer.
Qu’est-ce que je fais régulièrement qui pourrait éventuellement être fait par quelqu’un d’autre?
Qu’est-ce qu’on vient constamment me demander?
Quelle information existe principalement dans ma tête?
Qu’est-ce que je continue de faire par habitude, même si mon rôle a évolué?
Une seule réponse peut déjà faire apparaître un bon endroit où commencer.
Parce que oui, le faire soi-même sera parfois plus rapide.
Cette fois-ci.
Mais construire une organisation capable d’avancer sans que tout passe constamment par les mêmes personnes demande parfois d’accepter d’aller un peu moins vite aujourd’hui…
pour créer beaucoup plus d’autonomie demain.
Emmanuelle Desrochers-Perrault
Fondatrice de METOD

